Once upon a time...

Once upon a time...
Pour commencer, il y a "Elle". "Elle", ce n'est pas Michelle Pfeiffer l'actrice, mais bien le personnage : Selina Kyle, revue et corrigée par Tim Burton (accessoirement par Waters, Hamm, et bien sûr Elfman). Pour moi c'est le plus grand personnage du cinéma, du fait que chez moi (en moi devrais-je dire), il dépasse sa simple condition cinématographique. Est-ce ma mère, est-ce moi, est-ce le binôme que pouvons former ma mère et moi, ou bien encore le lien qui nous attache ? Autre chose ? Je n'en sais rien, et je n'en saurai sûrement jamais rien. Toujours est-il qu'il me touche au plus profond de moi-même. Mais ça c'est un problème qui ne concerne que moi, et qui ne doit pas vraiment vous intéresser.
Je peux cependant vous parler du personnage cinématographique. Jamais Burton n'est allé aussi loin dans l'adulte et le violent. Une sorte de mort-vivant fantastique et pourtant, qui est le plus juste dans les problèmes humains on ne peut plus réalistes. Un personnage perdu et délétère, en pleine auto-destruction (en attestent de manière surréaliste et expressionniste ces coutures qui sautent tout au long du film -vous avez vu, j'ai bien retenu !-), tiraillé entre deux extrêmes caricaturaux, et qui ne pourra jamais plus sortir la tête de l'eau.
# Posté le samedi 06 août 2005 20:14
Modifié le mardi 30 août 2005 04:38

Batman Returns

Batman Returns
Selina Kyle sort de ce film. Pour ceux qui ne connaissent pas ou qui ne le voient pas comme moi je le vois, je vais tenter un peu d'expliquer. Pour commencer, il s'agit d'un film de Tim Burton qui lui vaut en grande partie mon immense considération, son plus grand à mes yeux. Est-ce le meilleur ? En tous cas, il se situe dans la trilogie qu'on pourrait nommer "un Noël avec Tim Burton", entre les deux films qui recueillent en général les avis les plus favorables (c'est peu dire) : Edward Scissorhands et The Nightmare Before Christmas. On pourrait le qualifier d'"inconscient", on ne sait pas trop ce que Burton maîtrise là-dedans, ou bien quand ses tourments (il est en pleine dépression) sont aux commandes. Ce film le dépasse.
C'est un des films qui ne peut être compris que lorsqu'on en connaît l'histoire (la genèse), le contexte, et l'équipe technique (comme toujours chez Burton, mais c'est encore plus flagrant ici). Burton est au sommet de sa gloire, après les succès commercial (et critique de plus en plus au fil des années) de Batman, et critique cette fois-ci d'Edward Scissorhands. La Warner veut bien sûr qu'il rempile pour une suite de la franchise Batman. Mais après la mauvaise expérience du premier, Burton pose la condition sine qua non : il veut avoir les mains libres,... ce qui est impossible quand on porte $80M, une franchise, une saga, un prestige, des retombées économiques absolument faramineuses, des contrats commerciaux à la pelle... sur ses petites épaules. Et pourtant, là où tous ont cédé, Burton va forcer la main, ce qui lui vaudra d'être boudé par les majors hollywoodiens, considéré comme un traître. Ce qui fait de ce film mon préféré, c'est justement ce gouffre gigantesque qui sépare ce que ce film aurait dû être et le vrai résultat : deux parfaits opposés. Burton ne lâche aucune concession commerciale, résistant à toutes les pressions (qu'on peut supposer nerveusement insoutenables ; d'ailleurs Burton tombe en pleine dépression,... et ça se voit à l'écran !), et encore aujourd'hui je me demande comment ce film a pu recevoir le feu vert. Les studios n'ont pas dû le regarder sous le bon angle, tant mieux pour nous !
Ceci dit, parlons du film en lui-même maintenant. Jamais Burton n'est allé aussi loin dans le violent (pas graphiquement), le noir, le sadique, le dépressif, l'expressionniste, le surréaliste, le baroque, le gothique, le grotesque... une spirale infernale ! Au centre de l'histoire, quatre personnages-monstres (cinq si on compte la Ville, indissociable de la neige) en décomposition, tous plus perdus les uns que les autres, qui hantent littéralement l'écran pendant deux heures, chacun étant lié aux autres par duo, ou trio, avec chacun leurs relation et interactions propres. Anti-manichéen au possible, chef-d’œuvre absolu, tout est en équilibre, perché en haut d'un piédestal de cristal (merci Michel ;)), qui heureusement jamais ne cède. Un film d'auteur à $80M sur l'identité (sur la crise d'identité ?), lourd à digérer, à l'esthétique hallucinante ("en noir et bleu"), duquel le mot "happy end" est à bannir définitivement.
Aux sceptiques, je dirais que ce film n'a de Batman que le nom (et le budget :p), tellement les personnages sont transcendés par Mr. Tim, n'ayant au final plus rien à voir avec les créations de Bob Kane et Bill Finger. D'ailleurs, le succès commercial n'est pas extraordinaire, et Burton devient l'as de pique de la liste noire des batmanophiles (et des conservateurs américains). Ils se sentent trahis, leur personnage (et ses aventures) est défiguré. Seulement, ce qu'ils ont compris un peu plus tard, c'est que même si niveau adaptation batmanienne la note frise la bulle, d'un point de vue cinématographique c'est une autre histoire... Il faut toujours différencier adaptation, qualité, et goût.
Ce film m'a toujours suivi. Et c'est un jour sous la douche, que, en sanglots, j'ai compris ce qu'il était, j'ai capté l'essence même de ce film, que j'avais déjà vu des dizaines de fois sans même en soupçonner sa richesse artistique, et depuis il est en moi, plus au simple statut de film.
Pour ceux qui l'ont déjà vu (ou pas, mais ça gâche beaucoup la démarche de découverte qui est la plus intéressante à mon sens dans le cinéma), je vous conseille cette page (tout le site d'ailleurs où vous trouverez des analyses des autres films de Burton ; le mec, qui écrit très bien d'ailleurs et a une très grande culture cinématographique, parle aussi de ses goûts sur pleins de thèmes), où il décortique quelques éléments (arrivera t’on un jour à tous les décrypter ? Consciemment je sous-entends. Par exemple, en ce moment j'étudie la théorie selon laquelle ce film peut être une retranscription moderne et fabuleuse de la vie de Jésus Christ :D). Passionnant !
Une dernière petite anecdote : Quand on prévoit un gros film comme ça, les contrats de produits dérivés sont signés avant même que le film soit entamé. Les jouets McDo sont régis par cette même règle, et lorsque le film a été vu par les dirigeants, tout a été annulé... D'autres sociétés qui n'en ont pas fait autant, ainsi que la Warner et sûrement Burton, se sont pris des plaintes au cul de la part de parents, choqués par ce film qu'ils pensaient destiné à leurs enfants :D
# Posté le dimanche 07 août 2005 19:28
Modifié le mardi 06 septembre 2005 16:07

Tim

Tim
Timothy William Burton plus communément appelé Tim Burton fait partie intégrante de ma vie depuis ce fameux soir sous la douche :D
J'adore son univers, sa manière de détourner les choses qui paraissent les plus belles pour en faire les plus torturantes : Noël, la neige, les enfants,... Ces thèmes (avec celui du monstre) qu'on retrouve notamment dans sa fantastique trilogie qu'on pourrait nommer "un Noël avec Tim Burton", et qui se compose de Edward Scissorhands, Batman Returns, et The Nightmare Before Christmas. Ces autres films, de qualité moindre (en tous cas qui me choquent moins) mais qui restent néanmoins excellents, sont Pee-Wee Big Adventures, Beetlejuice, Batman, (c'est ici que s'encastre la fameuse "trilogie") Ed Wood, Mars Attacks !, Sleepy Hollow, Planet Of The Apes, Big Fish, tout dernièrement Charlie And The Chocolate Factory, et à venir Corpse Bride. Tous portent la marque de fabrique "Burton", on les reconnaît immédiatement, à cause de l'esthétique visuelle, le type d'histoire... La neige, les spirales, le noir et le blanc, le bariolage,... autant de choses qui paraissent comme ça très faciles, et pourtant qui sont inimitables (il n'y a qu'à voir "les orphelins Baudelaire" qui se voulait "timburtonesk" à fond, mais qui n'en possède pas l'âme malgré tous les efforts). Je ne sais pas si Burton est un grand réalisateur (il le devient de plus en plus au fil des années), mais c'est en tout cas un grand conteur. Et un artiste complet ça c'est évident : ses dessins si caractéristiques dans leur style, sont envoûtants sans être beaux ni forcement compliqués ; son livre The Melancholy Death Of Oyster Boy And Other Stories raconte l'histoire d'enfants-monstres sous forme de poèmes...
Comme je vous l'avais dit pour Batman Returns, chaque film de Burton est regardé sous le bon angle dès lors qu'on connaît son histoire (la genèse du film, la vie de Burton, son état d'esprit et les événements de sa vie pendant la construction du film). Burton est né dans une banlieue ultra-proprette de Los Angeles, où tout est rose pastel, rangé et parfait. Tout doit être dans la norme avec un grand N. A tel point qu'une cruauté s'en dégage. Et on la retrouve dans nombre de ses films ; il était évident que cette cruauté, malgré l'imagination quasi sans limite de Burton, ce n'est pas lui qui l'a inventée. Il l'a sûrement subie, ou en tous cas constatée. D'où la thématique récurrente du monstre (Edward Scissorhands, the Penguin, Karl...), mais aussi de l'extraverti surnaturel coloré et fantastique (Joker, Edward Bloom, Beetlejuice,...) face au scientifique cartésien et introverti (Batman, William Bloom, Ichabod Crane,...). Petit, il a peur des clowns, mais se passionne pour les monstres des films de série B de la Hammer (Frankenstein, Dracula,...) auxquels il rendra hommage (jusqu'au casting : Micheal Gough, Christopher Lee,...) de Sleepy Hollow. Dans la même idée, il réalise une biographie d'un réalisateur, jugé à son époque comme "le plus mauvais de tous les temps", Ed Wood. Burton est lassé de dessiner des chiens (Rox et Rouky) avec de grands yeux doux pour Disney, il invente des personnages sans yeux (Jack Skellington)... : la plupart de ses personnages sortent de son imagination, ou en tous cas il transcende toujours le support originel, en lui inventant une histoire, une démarche de Vie, en s'inspirant toujours de lui-même. Il alterne films de studios, et films plus personnels, en y apportant à tous son style, pour rester en bons termes avec tout le monde (surtout les majors qui seuls ont le financement de ses films personnels !). Il a des thèmes récurrents conscients, et d'autres pas du tout. Malheureusement j'ai l'impression qu'il y a de moins en moins de thèmes inconscients dans ses films.
# Posté le lundi 08 août 2005 19:11
Modifié le mardi 30 août 2005 19:33

Il en mérite bien deux !

Il en mérite bien deux !
Dans sa filmographie, mais aussi souvent dans chaque film pris seul, et de manière encore plus flagrante dans sa trilogie, on retrouve trois grands axes (ça plairait à Mme Jouniaux) : Le conte, l'autobiographie, la critique de la société. Prenons par exemple sa "trilogie" : chacun de ces films contient ces trois thèmes, mais il est encore plus facile d'en rattacher un à chacun. Alors, Edward Scissorhands serait l'autobiographie (la coupe de cheveux façon Robert Smith, le monstre, la ville, ses habitants, et surtout l'inventeur incarné par Vincent Price qui meurt avant de terminer sa créature ; là où ça devient fou, c'est quand on sait que Burton est le plus grand fan de Vincent Price, acteur dans les films de la Hammer, son idole absolue,... qui décèdera juste après le rôle de cet inventeur. Incroyable ! Burton lui consacre aussi un documentaire, et surtout un court-métrage au début de sa carrière dans lequel un petit garçon -au visage allongé et aux cheveux noirs ;)- se prend pour Vincent Price... Le scénario d'Edward Scissorhands est écrit par Caroline Thompson, elle-même structurant les idées que Burton lui lâche comme lors d'une psychanalyse oO), Batman Returns la critique de la société (le seul vrai "méchant" -et encore ça se discute- est un richissime patron représentant toutes les tares de l'Amérique triomphante ultra-libérale où l'économique domine le politique -ce patron "place" littéralement celui qu'il veut à la mairie-, se sert de corruption, sans respect des individus ni du monde), et The Nightmare Before Christmas le conte (le Roi d'Halloween veut organiser ce monde étrange pour lui qu'est Noël pour faire -trop- simple).
On a vraiment assisté à une évolution du cinéaste qui se rapproche d'une ontogenèse : enfant (Beetlejuice, Edward Scissorhands,...), adolescent (Mars Attacks !, Sleepy Hollow,...) et aujourd'hui adulte (Big Fish, Charlie And The Chocolate Factory,...). Ce qui m'inquiète, c'est qu'il semble prendre de plus en plus de recul, il est de moins en moins inconscient dans sa manière de créer. En tous cas, c'est clair qu'il a quelque chose à résoudre avec son père (mort quand il tournait Planet Of The Apes, ce qui explique en grande partie la qualité moindre de ce film, la sorte de ras-le-bol et de dérive qui transparaît dans ce film, et un tournant dans sa carrière), dont il est le parfait opposé (sportif professionnel / artiste), et ça se voit dans Batman Returns, Big Fish, Charlie And The Chocolate Factory,...
Burton est très fidèle dans ses équipes de tournage : bien sûr les plus flagrants sont Johnny Depp et Danny Elfman qui semblent partager le même univers, mais aussi Keaton, DeVito, Ryder, Bonham-Carter, Heinricks, DiNovi, Czapsky, Rousselot... Son look, très "new wave", s'inspire largement de Robert Smith des Cure dont il est fan (avec Siouxsie and the Banshees), et son physique n'est pas forcement avantageux, ce qui parachève le personnage Burton.
Le temps fait son effet sur lui, et un jour il nous laissera (remarquez, il n'y a pas que des points négatifs : une rétro sera organisée et je pourrai enfin voir Batman Returns sur grand écran ! XD).
De lui j'avais aimé Edward Scissorhands, les deux Batman (pas pour les mêmes raisons que maintenant) dès tout petit, jusqu'à ce que je découvre un jour qu'il y avait un nom qui revenait. Ensuite je lui ai mis un visage lors d'une interview : ça collait. Je vous conseille ce site qui est le plus complet (mais en anglais), et cet excellent site francophone pour apprendre à le connaître. Le film qui résume le plus globalement son univers est The Nightmare Before Christmas, alors que bizarrement il n'en est que l'instigateur et le producteur (c'est déjà pas mal vous me direz). On pourrait facilement attribuer un tiers du film à Elfman (voir plus loin) et le dernier sixième à Henry Selick qui en est le réalisateur : mais c'est très dur d'attribuer à chacun une part du film, et le découpage que je viens de faire est totalement arbitraire !
Je ne sais pas si tout ce qu'on dit sur lui est vrai, toujours est-il que j'aime le personnage Burton, même s'il n'existe qu'à moitié. Pour le qualifier (encore une fois il se fond dans sa filmographie : ces adjectifs pourraient aussi la définir) : subversif, poétique, noir, baroque, gothique, imaginatif, créatif, féerique, impressionnant, singulier, sarcastique, ironique, pessimiste, surréaliste, expressionniste, grotesque, sadique, mélancolique, triste, drôle, cynique, merveilleux, émouvant, juste, passionnant,... génial tout simplement.
# Posté le mardi 09 août 2005 10:02
Modifié le mardi 06 septembre 2005 16:20

Cinéma

Cinéma
J'ai toujours été, dès tout petit, fan de cinéma. Ce qui m'a plu tout de suite, c'est le côté infini du cinéma. C'est le seul endroit où tout est possible tout en restant réaliste. C'est mon père qui m'a mis ça en tête, et je lui en suis très reconnaissant :D C'est à mon sens l'art le plus complet (le côté art est même critiquable), et c'est pour ça que je n'aime pas les films qui n'ont aucune ambition, aucune recherche, qui nous montrent quelque chose qu'on pourrait voir en regardant par la fenêtre.
Le plus grand cinéma à mon sens est états-unien, car même s'il nous livre un pourcentage de daubes très généreux, il est aussi capable du meilleur. Et comme on le voit, les plus grands réalisateurs européens (Wenders, Gondry, Jeunet, Nolan, Annaud, Polanski, Forman,...) y partent bien évidemment, car il semblerait qu'il n'y a que là-bas qu'on peut se donner les moyens d'un film original.
Mes héros (j'en oublie sûrement des dizaines, et je m'en excuse) : Gilliam, Scott, Zemeckis, Burton, Tarantino, Lynch, Hitchcock, Burton, Cameron, Spielberg (le plus grand à mon avis), Lucas, Burton, Kubrick, Gondry, Annaud, Burton, Jeunet, Nolan, Klapish, Burton, Coen Bros., Raimi, Kassovitz, Burton, Fincher, Aronofsky, Shyamalan, Burton, Singer, Coppola, Coppola 2, Burton, Scorsese, Leone, Jarmush, Burton, Howard, Costa-Gavras, Truffaut, Burton, Jackson, Soderbergh, Almodovar, Burton, Forman, Attal, Chabat, Burton, Ozon, Leconte, Weber, Burton, Howard, Eastwood, Chatillez, Burton, Moore (pas forcement grands documentaires, mais grands films ça c'est sûr !), Stone, Polansky, Burton, Pollack, Mann, Jonze, Burton, Tykwer, Cimino, Scott 2, Burton, Oury, Cronenberg, Benigni, Burton, Lang, Murnau, Carnahan, Burton, De Palma, Verhoeven, Boyle, Burton, Dante, Proyas, Robert, Burton, Nichols, Amenabar, Harron, Burton, Friedkin, Clouzot, Blier, Burton,... et des dizaines d'autres dont je n'ai pas encore pu voir les chefs-d’œuvre ou dont je ne connais (je ne me rappelle plus surtout) le nom !
Mes pires ennemis (il y en a des milliers, mais il y en a dont je ne veux même pas le nom sur ce site) : Bay (alias "le pyromane", je trouve que ça lui va très bien), Emmerich, Cohen, Petersen, Schumacher (qui a des hauts, et pas mal de bas), Rodriguez (? Juste pour Sin City il mériterait de figurer parmi les meilleurs... Il avait qu'à pas faire de la merde comme Spy Kids), Woo, Sommers, Craven (? C'est pas Scream qui va le sauver en tous cas),...
Je me demande si je ne vais pas mettre Lynch dans "mes ennemis", ses films m'énervent ! Mais le pire c'est que j'adore ça !
# Posté le mardi 09 août 2005 11:29
Modifié le lundi 31 octobre 2005 14:41